Contenu
Profil numérique des PME et des foyers français en 2005
(article daté du 1er mars 2006)
Diverses enquêtes menées en 2005 tracent un profil de la situation « numérique » en France, à la fois sur l’équipement informatique et les usages internet des foyers français et ceux des PME (petites et moyennes entreprises) de l’hexagone. Les chiffres, leur évolution récente et certains éléments de prospective nous permettent quelques commentaires.
Le présent article se base en partie sur deux enquêtes menées en 2005, et récemment publiées : celle de SVM-Gfk sur l’équipement et les pratiques des ménages, et celle menée par BNP Paribas l’évolution des TIC (technologies de l’information et de la communication) dans les PME-PMI. Il s’appuie en complément sur diverses sources récentes (2005 ou fin 2004) provenant de l’Arcep, l’Insee, Médiamétrie, le Crédoc, Tactis.
Les chiffres marquants : équipement et abonnements internet
Au sein des foyers français
La moitié des ménages français sont aujourd’hui équipés d’un ordinateur
Le coût d’un ordinateur représente une forte barrière à la consommation des ménages : néanmoins celui-ci a fortement baissé ces dernières années, et la priorité accordée à cet investissement a évolué avec le caractère de plus en plus incontournable des supports et outils informatiques. Ainsi, le taux de pénétration de cet équipement dans les foyers français ne cesse d’augmenter, et l’asymptote vers 50% que certains prédisaient (voir étude BIPE 2004) il y a quelques années est en passe d’être dépassée.
Notons, comme l’indique une étude publiée par l’INSEE en mars 2005 (INSEE Première n°1011) que ce taux d’équipement d’ordinateur dépend de différents critères tels que l’âge, le revenu, et le niveau d’étude des individus. L’Insee annonce ainsi pour l’année 2004 que les diplômés de l’enseignement supérieur sont quatre fois plus équipés que les sans-diplôme, que la pénétration d’un ordinateur au sein des foyers est de 50% plus faible pour le quart le plus modeste des ménages. Aussi, plus de ¾ des 13-24 ans ont un ordinateur, selon une récente étude menée par Médiamétrie et Benchmark Group.
40% des foyers ont une connexion internet, en haut débit dans 3 cas sur 4
La plupart du temps, un nouvel ordinateur est associé à une connexion internet (l’inverse est quasi- systématique, les abonnements internet par des individus sans ordinateur - c’est-à-dire exclusivement pour des services comme la téléphonie ou la télévision - étant aujourd’hui considérés comme minoritaires). Par ailleurs, il est constaté que la grande majorité du temps consacré par les foyers français devant l’ordinateur se fait sur internet (10h10 hebdomadaires sur 10h49 en tout !) Les courbes du taux de pénétration de l’équipement d’ordinateur et de connexion internet dans les ménages français adoptent d’ailleurs sensiblement la même forme.

- (chiffres issus de Médiamétrie)
Peut-être peut-on s’étonner ici des 10% de foyers encore connectés au bas débit : choix ou non-choix ? les raisons de cette situation sont-elles prioritairement à chercher parmi des critères économiques, d’usage (ou manque d’intérêt), d’inéligibilité ? la part des personnes utilisant un accès bas débit pour pouvoir se connecter en déplacement sur des prises téléphoniques est-elle importante ? L’Arcep enregistre en tout cas une forte baisse du parc d’abonnements ou même du volume de communications en bas débit (25% d’abonnements en moins et 33% de baisse du volume de communications bas débit entre 2004 et 2005 ; voir « Le marché des services de communications électroniques en France au 1er trimestre 2005 » publié par l’Arcep) : cette forme d’abonnement devrait rapidement devenir obsolète (elle l’est déjà pour beaucoup, comme le montre l’impossible retour en arrière pour les utilisateurs du haut au bas débit).

- (source : ARCEP)
Au sein des PME françaises
Le groupe BNP Paribas Lease Group a mené une enquête auprès de 97.000 chefs de PME (de 6 à 200 salariés) dans 5 pays européens : la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne, et trace le bilan 2005 de l’évolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) au niveau des PME.
La part d’investissement des PME françaises dans les TIC est à peu près constante depuis l’année dernière (28%), et dans l’ensemble supérieur à la part accordée par les PME des pays voisins. Le nombre moyen d’ordinateurs augmente fortement (+60%) et la moitié de l’investissement est consacré à l’achat d’ordinateurs portables.
La particularité française se situe dans la mise en parallèle de deux chiffres : une forte proportion dans le pourcentage de PME connectées en haut débit (89%, en tête avec l’Allemagne) et la persistance d’une part importante de PME sans connexion internet (7% d’entreprises dites « irréductibles », alors que ce taux n’est que de 2% en Allemagne, en Italie et en Espagne).
Ces entreprises hors connexion sont d’après l’étude à chercher du côté des très petites entreprises du BTP, du transport, ou du commerce de détail. Il est étonnant de constater qu’une telle part de petites entreprises est entièrement déconnectée de la toile (Notons que l’enquête a concerné des entreprises entre 6 et 200 salariés : sont donc exclus les très petits commerces dont on pourrait penser qu’ils ne bénéficient pas de connexion internet exclusivement professionnelle). L’Arcep constate une certaine inadéquation dans le marché du haut débit adressé aux professionnels : les offres de service ne répondent que partiellement à la demande, et selon eux plus de 80% des entreprises ont une liaison moins performante en terme de débit que les clients résidentiels (lettre de l’Autorité n°47, novembre-décembre 2005).
La question de la disparité géographique
L’enquête VSM-GFK note un rééquilibrage progressif des internautes entre les grosses et les petites communes : la part des utilisateurs d’internet dans les grosses villes diminue au profit de celle des petites communes. Cependant, la disparité géographique est encore flagrante dans les chiffres, qui se traduit notamment dans l’écart entre Paris et la province. Ainsi, 48,3% des foyers parisiens sont connectés à internet, quasiment tous en haut débit (45,5%) ; en province les chiffres sont de 33,1% pour la connexion internet, et moins de 28% pour la connexion haut débit. L’équipement des foyers en ordinateur marque également un écart de près de 15 points entre les ménages parisiens et les autres (respectivement 60% et 46% en taux de pénétration).
Aussi, certaines grandes agglomérations se distinguent par l’émergence d’offres de fibres jusqu’à l’abonné (FTTH, "fiber to the home"). Le FTTH fait ses premiers pas, mais les expériences sont trop ponctuelles et le parc d’abonnements trop insignifiant pour parler de véritable envolée. L’éligibilité au FTTH est amenée à croître rapidement dans certaines villes : Cité Fibre, principal opérateur FTTH à Paris, multipliera par 10 le nombre de prises raccordables en 2006 (jusqu’à 20 000 prises, mais l’éligibilité reste confinée dans l’Ouest parisien) ; l’expérience de la ville de Pau prévoit de raccorder environ 37 000 prises d’ici la fin de l’année, dont 25 000 sont déjà en place. Le nombre d’abonnements reste quant à lui particulièrement bas (quelques centaines d’abonnements enregistrés chacun de ces cas). Le très haut débit annoncé dans les (très) grosses villes est encore bien timide.
Cette disparité a également été dénoncée dans l’analyse de l’offre haut débit proposée aux entreprises, dans une étude menée fin 2004 par Tactis (« Analyse territoriale de la concurrence en matière d’accès haut débit pour les PME », décembre 2004) : les écarts tarifaires peuvent être multipliés jusqu’à 5 suivant les situations géographiques des PME. Si certains opérateurs annoncent un remède à cette situation en proposant des offres homogènes aux entreprises où qu’elles soient, la question de la concurrence et celle de la performance des services à un coût abordable (liée à la précédente) ne semblent pas pour autant résolues.
L’évolution des usages
Les résultats des enquêtes menées en 2005 marquent une certaine évolution dans les usages à la fois des PME et des ménages français : cette évolution parallèle peut nous laisser penser que l’on se situe à un moment charnière dans l’appropriation du haut débit.
Si les usages traditionnels tels que la messagerie et la consultation ou recherche d’informations sur la toile se confirment partout, de nouveaux usages sont de plus en plus souvent cités.
Du côté des ménages, le chat est de plus en plus utilisé (surtout par les jeunes), ainsi que toute autre procédure liée à « la gestion du quotidien » (achats, procédures bancaires...).
Selon l’enquête du Crédoc de juin 2005, 40% des internautes avaient effectué des démarches administratives ou fiscales en ligne au cours des 12 derniers mois. L’e-commerce a marqué beaucoup de points en 2005 : près d’un quart des foyers (soit 6,3 Millions) ont effectué un achat en ligne l’année dernière. Une étude menée par Médiamétrie et NetRatings (publiée en janvier 2006) montre que la progression du nombre de cyber-acheteurs est la 2ème plus importante en France parmi les pays européens (+28%), derrière l’Espagne. Le téléchargement devient également une activité de plus en plus répandue : là encore, un foyer sur quatre le pratique. Les chiffres sont éloquents : 1 milliard de fichiers ont été téléchargés en 2005, soit le double de 2004. A noter que la part des téléchargements payants est encore très faible : seulement 2% du téléchargement audio total.
Du côté des entreprises, le web est de plus en plus utilisé dans les échanges avec les clients et les fournisseurs (progression de +25% par rapport à l’année dernière), ainsi que dans la consultation des comptes bancaires.
Ces différents comportements marquent un gain de confiance à la fois du côté des ménages et des entreprises : confiance dans les démarches qui demandent des procédures sécurisées, mais également absence d’inquiétude pour les particuliers devant le téléchargement par exemple. La forte progression de tous ces usages semble montrer un intérêt unanime devant la valeur ajoutée apportée par le recours à internet (qui peut se traduire par un gain de temps, d’argent, d’énergie, ou de compétitivité ou réactivité pour les entreprises).
Le décollage du dégroupage total et de la téléphonie sur IP
Les services associés à l’internet haut débit, tel que la téléphonie sur IP et la télévision via internet, sont en plein essor : ces nouveaux services sont fortement mis en avant par les opérateurs alternatifs, et la progression de cette offre sur le territoire va de pair avec l’avancée de l’éligibilité au haut débit et celle du dégroupage.
Notamment, la téléphonie sur IP semble avoir conquis son public, et les abonnés envisagent de plus en plus sérieusement de s’affranchir de leur abonnement téléphonique chez France Telecom. Près de la moitié des ménages interrogés dans l’enquête SVM-Gfk considèrent comme fiables les offres téléphoniques des fournisseurs d’accès internet, même si encore 38% des foyers disent vouloir rester fidèle à France Télécom. Rappelons que les chiffres du dégroupage total ont été particulièrement marquants 2005 : ce sont 600 000 lignes totalement dégroupées fin 2005, contre moins de 100 000 l’année précédente (voir schéma ci-contre).
D’ailleurs le volume des communications par le téléphone fixe diminue lentement (-1,3% entre 2004 et 2005), au profit du téléphone mobile et de la téléphonie sur IP. Cette baisse devrait se confirmer dans les mois ou années à venir.
Du côté des entreprises, l’enquête BNP-Paribas montre que sur les quelques 20% de PME désirant renouveler leur abonnement téléphonique, 30% pensent opter pour la VoIP. Alors qu’aujourd’hui la VoIP ne serait utilisée que par 2% des entreprises (d’après une étude de Ilexia et Scholè Marketing) , 2006 va sans doute marquer un grand changement dans la téléphonie sur IP.
Conclusion
2005 marque une réelle avancée dans l’appropriation du haut débit, que ce soit chez les particuliers ou les PME : les comportements constatés à la fois en terme d’usages et d’équipement le démontrent. Il ne s’agit cependant qu’un pas de plus dans cette progression : on semble loin d’avoir atteint toute forme d’asymptote qui traduirait l’aboutissement de la dynamique du haut débit. Par ailleurs, des chiffres dénonciateurs d’inégalités et d’isolement persistent et ne se résorbent que lentement : c’est le cas de la disparité géographique, principalement entre milieux denses et territoires isolés. Cet écart, révélé ici en terme de pénétration dans les foyers ou les entreprises, se traduit au niveau plus global du développement d’un territoire. La lenteur de la résorption de ces écarts peut avoir des conséquences sérieuses à long terme et handicaper fortement certains territoires.







